SCIENCES EQUESTRES : CHAPITRE 3

Introduction et résumé des parties 1&2 

Nous avons décrit dans les deux premières parties ce qu’est un cheval en équilibre, le travail en extension musculaire dans le sens longitudinal et commencé à expliquer l’importance de l’impulsion et des ses composantes : mouvement en avant, rectitude et calme.

Je rappelle que l’essentiel du travail consiste à ne pas déranger l’équilibre de notre cheval mais bien de le mettre dans des positions et attitudes qui vont permettre ou favoriser la meilleure réalisation possible de nos demandes. Le choix des exercices, la progression logique du travail ainsi que la bonne santé du cheval seront essentiels.

Le fait d’être clair et précis ainsi que le souci de ne demander que des choses connues et compréhensibles par notre cheval sont également déterminants. Voici encore quelques compléments utiles :

La cadence : Rythme plutôt lent et régulier des allures dont témoigne un cheval qui se porte autant qu’il se pousse. Chaque cheval possède son propre rythme naturel en fonction de sa morphologie et du fait d’être, lorsqu’il est monté, plus ou moins sur les épaules.

La cadence est donc l’amélioration du rythme propre à chaque cheval. Nous avons vu précédemment qu’en perte d’équilibre nous accélérons nos gestes à petits pas pour le rétablir.

Un cheval qui précipite court et à tendance à accélérer, à engager moins ses postérieurs ; ici encore ce ne sont donc pas les mains qui logiquement pourront le faire ralentir mais bien l’engagement accru des postérieurs ou l’abaissement de ses hanches.

C’est à nouveau en (re)mettant le cheval d’abord dans des attitudes, une vitesse et des exercices favorables que nous pourrons le (re)cadencer.

Influence du cavalier sur la cadence : les cavaliers ont la sensation d’accompagner, de suivre ou de subir la cadence dans chaque allure, spécialement au trot enlevé ; j’ai pu constater que, sous prétexte de recherche d’impulsion, en faisant des mouvements trop rapides, ils déterminent en réalité la cadence souvent trop rapide de leur cheval et donc une amplitude trop limitée du mouvement en avant des postérieurs ; ils font, sans le faire exprès, précipiter les gestes du cheval et nuisent alors à l’équilibre de leur cheval.

Un cheval qui engage suffisamment fait des gestes lents, amples et suffisamment  énergiques : je conseille donc aux cavaliers de ralentir leurs propres mouvements simplement parce que faire un grand pas prend plus de temps qu’en faire un petit.

En tenant compte que la plupart de nos chevaux engagent trop peu, le cavalier devra donc augmenter l’amplitude de ces gestes et lui-même exécuter des mouvements lents, amples et cadencés lorsqu’il désire faire engager plus son cheval.

La précipitation des mouvements du cavalier se constate aussi en position assise et dans toutes les allures.

Si par contre nous montons un cheval qui ne se pousse pas assez (mou, lymphatique, qui ne rebondit pas mais se traîne) nous accélérons nos gestes et les rendrons plus énergiques ; le but étant de trouver cette harmonie entre engagement  et énergie(poussée, détente) des postérieurs.

Lorsque je parle de « poussée » il s’agit  surtout de l’énergie utilisée par le cheval pour tirer son postérieur vers l’avant.Tester vous un jour en utilisant un métronome dans le manège ; chercher d’abord (par exemple) le trot de travail  enlevé qui vous semble le meilleur (engagement, énergie, cadence) ; régler le métronome à cette cadence et ensuite évoluer aux deux mains en faisant des figures de manège, en vous asseyant, en allongeant (raccourcissant aussi) le trot.

Je vous invite aussi à tester votre cheval de la même manière, monté ou non, « à la longe ». Il est évident que pour pouvoir agir sur la cadence, le cavalier doit en premier lieu être parfaitement en équilibre. Nous aurons encore l’occasion de parler de cadence ultérieurement.

Rôle des postérieurs et des antérieurs : le moteur du cheval ainsi que ses freins sont dans son arrière main. Lorsque cheval doit ralentir ou s’arrêter, il ne sait le faire (en équilibre) qu’avec ses postérieurs durant le temps ou ceux-ci sont en avant de la verticale et/ou en fléchissant les articulations de son arrière main.

Au contraire, il se pousse vers l’avant lorsque les postérieurs sont en arrière de la verticale.

Les quatre membres sont porteurs essentiellement autour du moment où ils se rapprochent de la verticale ; les antérieurs sont donc presque exclusivement porteurs et ne jouent pas de rôle dans la propulsion ou le fait de ralentir ou de s’arrêter.

Le cheval se pousse vers le haut lorsque les postérieurs sont en avant mais plus proche de la verticale, donc moins engagés. Lors d’une mauvaise transition (ou ralentissement) vers une allure inférieure avec un cheval « sur les épaules » avant ou au moment de la transition, le cheval exécute un espèce de poirier en freinant des antérieurs, le reste du corps venant percuter l’avant main ; la croupe rebondit alors vers le haut et la base de l’encolure s’affaisse et descend.

Les chevaux montés en rênes allemandes ou avec des embouchures (ou mains) dures, brutales, savent obéir éventuellement très vite mais souvent de la façon que je viens de décrire. Il est donc très important, spécialement lors des dernières foulées qui précèdent une transition « vers le bas » d’avoir un cheval en engagement préalable ; de lui permettre aussi durant la transition de « voûter » son dos pour engager et freiner des postérieurs.

L’avancée de l’assiette du cavalier  ; la qualité de l’allure et de l’attitude du cheval permettent ou détermineront l’équilibre du cheval durant la transition. Le fait d’être sur une courbe facilite l’équilibre et la réalisation d’une transition (voir plus loin à incurvation).

Il faut aussi être attentif avant une transition « vers le bas » de ne pas « ratatiner » l’allure et désengager le cheval sous prétexte de vouloir exécuter une transition progressive ; réaliser une transition demande de la préparation, de la réflexion , du ressentiment, des réflexes, de la précision et de l’aisance qui sont déterminés par l’équilibre, le liant et la souplesse du cavalier.Beaucoup trop souvent nous rencontrons des cavaliers qui ralentissent ou arrêtent leurs chevaux sans engagement ou attitude favorable préalable, dans la douleur et en les usant physiquement prématurément : on tire un grand coup (ou pire), le cheval porte le nez au vent, se creuse le dos donc se désengage et  ne sait plus freiner (en équilibre). Personnellement, je trouve que l’idée ou le prétexte de d’abord vouloir obtenir une obéissance immédiate et de vouloir « peaufiner » par la suite fait preuve de trop peu de respect du cheval et n’est jamais efficace à long terme. 

Encolure du cheval (base de) je vous invite à chercher un croquis ou dessin représentant le squelette du cheval. Observer la disposition des vertèbres cervicales de la nuque au garrot et imaginer la masse musculaire qui l’entoure. Vous constater qu’elle est en forme de S ; ce dont on ne se rend pas compte du tout « vu de l’extérieur ». Il est donc anormal de reculer la nuque d’un cheval en tirant, en reculant les mains et en raccourcissant de ce fait l’encolure.

La partie inférieure( la plus proche du garrot) se creuse à l’intérieur de l’encolure durant le temps que les masses musculaires donnent une apparence de plus de rondeur ; la base de l’encolure s’affaisse, le dos se creuse et les postérieurs se désengagent. Le fait d’avoir une encolure très ronde n’est donc pas toujours, même pas souvent, preuve d’un travail correct. Beaucoup trop de cavaliers et de spectateurs « s’y laissent prendre » et oublient de regarder l’essentiel : le dos, l’engagement des postérieurs, l’équilibre.

Les chevaux qui ont atteint un très haut niveau de travail, capables d’évoluer en « abaissement de hanches » ont l’entièreté de leur corps rassemblé (y compris l’encolure). Nous ne devons donc pas spécialement vouloir copier les attitudes que nous voyons à la télévision ou dans des compétitions d’obstacle ou de dressage de très haut niveau ; les conseils d’un moniteur qualifié seront plus utiles à un travail adapté au niveau d’éducation du cavalier et du cheval. Au plus la nuque d’un cheval est « loin en avant du cavalier », quelle que soit sa hauteur mais à condition d’avoir de l’engagement, au plus le S formé par les vertèbres cervicales s’atténue et les chances de relèvement de la base de l’encolure (garrot) et d’un travail correct augmenter. Ce soutient de la base de l’encolure est lui malheureusement peu spectaculaire et ne peut être ressenti que par un cavalier déjà expérimenté.

Equilibre psychologique des cavaliers 

Les qualités nécessaires, à tout cavalier, seront vues dans le prochain n° mais nous pouvons déjà dire que des divergences se manifesteront liées à la philosophie de chacun par rapport à l’animal cheval d’une part et souvent aussi par rapport à la compétition d’autre part. La compétition devrait servir de moteur, de stimulant, mais je constate que les moyens employés par certains heurtent pas mal de spectateurs, cavaliers ou non.

Les cavaliers de très haut niveau ne peuvent négliger aucun aspect de l’entraînement d’un cheval et sont « aux petits soins » physiquement et psychologiquement parlant avec leurs chevaux ; ils se méfieront donc de commettre la moindre faute et sont obligés d’être de très bons cavaliers.

Les éleveurs ont, durant ces 25 dernières années, sélectionné un très grand nombre de chevaux capables de s’affronter à haut niveau et c’est la qualité des cavaliers, du travail et des soins qui fera souvent la différence.

La philosophie que je prône consiste à aimer monter en aimant le cheval tout en se faisant respecter comme étant son maître.  Maître au sens ou le cheval doit nous respecter et accepter notre « domination » au même titre qu’il devrait subir à l’état sauvage celle de l’étalon ou de la jument dominante. Nous pourrons éventuellement aborder les notions d’éthologie dans d’autres n°, nous poursuivrons l’énoncé des qualités psychologiques du cavalier et du cheval( relire le passage consacré au calme), je vous donnerai mon opinion sur les différentes méthodes et progressions d’éducation du cheval enseignées actuellement ou dans un passé assez proche par des personnalités qui ont fait leurs preuves ; des divergences ou contradictions nous font parfois douter de la méthode qui nous est personnellement transmise.

Le travail du cheval en incurvation, sujet très important, doit encore être abordé.

Etienne Patigny

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