ARTICLE HORSE : SERIE 1

Il me semble intéressant de pouvoir vous communiquer mon point de vue personnel face à l’évolution du monde et des métiers liés au cheval depuis que je pratique l’équitation (40 ans).

Ceci prendra aussi quelques articles que j’intercalerai entre ceux de science équestre.

Si cela ne vous intéresse pas ou trop peu alors surtout signaler le moi ! Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Pour ceux qui ne me connaîtraient pas ou depuis peu, voici quelques précisions:

J’enseigne l’équitation en tant que professionnel et à temps plein depuis maintenant 30 ans.

Après avoir exercé durant cinq ans comme indépendant je me suis retrouvé professeur à Gesves mais ai toujours continué jusqu’à ce jour à entretenir des contacts fréquents et réguliers avec les élèves cavaliers, les moniteurs, les manèges et toutes les instances sportives et autres liées au cheval.

 J’ai pu rencontrer et profiter des discutions et leçons données par beaucoup de bons enseignants et cavaliers, Belges et étrangers.

Je suis toujours resté intéressé et passionné par la vie autour du cheval : l’enseignement du débutant au confirmé, le dressage et l’obstacle sans préférence, ouvert sans préjugés sur les autres disciplines pour ce qu’elles peuvent apporter de positif et me faire évoluer dans la réflexion, le sport comme le loisir.

Durant ces années, j’ai été un des professeurs « d’énormément » de personnes ayant obtenus un brevet d’enseignant ou qui sont devenus juges, chef de piste, officiels mais aussi et surtout cavaliers de bon niveau.

Remontons maintenant dans le temps de mes débuts à cheval pour vous raconter comment j’ai vécu l'époque et pu ressentir mon environnement.

La plus part des jeunes débutaient l’équitation vers dix, douze ans ; j’avais 11ans. Les cavaliers s’étaient initiés à l’équitation grâce a un camp de vacances ou lors des séances d’équitation qui étaient proposées comme activité sportive dans le cadre et les horaires scolaires ou encore durant des vacances à la mer du nord ; il était fréquent à l’époque pour beaucoup d’entre nous de passer une quinzaine de jours (voir plus) de vacances à la côte Belge.

J’ai reçu mes premières leçons à la longe du père de Luc et Jean-Paul Musette en apprenant à serrer les genoux et à ne pas perdre les pièces de 25 centimes placées entre ceux ci et les quartiers de la selle (à ne plus jamais faire) . 

Les manèges ne disposaient pas toujours d’une piste couverte. Le manège couvert était souvent de dimension réduite : entre 15 et 20m de large et 30 à 40m en longueur maximum. Quelques manèges (1 ou 2) faisaient exception (La Chevalerie entre autre).

 J’ai monté régulièrement à raison de une fois par semaine et le plus souvent possible tout en logeant sur place durant les semaines de vacances; au début on logeait dans la paille, les repas étaient réalisés de manière« familiale »et préparés par l’épouse, l’une ou l’autre maman ou bénévole.

 Il y avait dans mon manège un club des jeunes (de 12 à 18 ans) avec une présidente (qui est devenue monitrice par la suite) et lorsqu il pleuvait de trop ou que la piste était impraticable nous recevions beaucoup de leçons de théorie (une demi case de notre abonnement, parfois une).

J’ai vu le prix de l’abonnement augmenter progressivement et passer de 700 à 1000frs pour 10 leçons (la 11ème gratuite).

Je me rendais au manège les premières années à vélo (+/- 10 km) par tous les temps. Plus tard un système de covoiturage fut mis en place, le manège disposa aussi d’un minibus.

Les poney-club n’existaient pas à l’époque mais chaque manège possédait 1, parfois 2 poney qui étaient les mascottes et que certains montaient ou attelaient (faire de la pub en se promenant dans les quartiers environnants).

Nous passions des brevets (internes au manège) et participions aux concours de dressage et d’obstacle dans notre manège, exceptionnellement ailleurs. Les jeunes étaient chargés du pansage, des boxes, de l’entretient du matériel (obstacles et sellerie). Plus âgé et plus confirmé nous faisions de grandes promenades en foret de Soignes ; des demi journées souvent le dimanche.

Les spectacles nous demandaient beaucoup de répétions (payantes) et quand mes parents eurent acheté notre premier cheval pour mon frère et moi (16 ans) nous avons encore été beaucoup plus fréquemment monter (3 à 4 x par semaine).

On faisait énormément de mise en selle, monter sur le plat, à l’obstacle ou en promenade sans étriers ; de la voltige aussi.

 Les adultes qui montaient (ils étaient aussi nombreux que les adolescents en leçons) étaient soumis au même régime.

Notre professeur nous donnait cours en tenue d’équitation (+toque et cravache) et nous le saluions correctement en début et fin de leçon tout en le remerciant personnellement lorsque nous défilions devant lui à la sortie de la piste. Il y avait +/- 40 chevaux au manège dont une moitié de propriétaires.

La leçon comptait le plus souvent de 8 à 16 cavaliers.

La discipline au cours était stricte, nos vêtements sobres et nos bottes (en caoutchouc) cirées, le pansage de nos chevaux impeccable.

Nous pouvions accompagner notre professeur lorsqu’il montait dans les quelques endroits ou se déroulaient des concours officiels de la Fédération Belge des sports équestres (1m10 à 1m20 parfois plus) ; la veste était noire ou, plus souvent rouge, certains portaient sur le col ou les manches les couleurs du club (qui devaient être acceptées au préalable à la fédération).

Une fois l’an, en décembre, tous se rendaient au concours international au Heysel pour voir évoluer les cavaliers d’obstacles vedettes de l’époque : les frères d’Inzéo, Winkler, Schockemoële et autres grands noms ; une année le spectacle (pour clôturer les soirées) fut assuré par Maître Oliveira et son fils ; c’est là que je le vis pour la première fois sans me douter évidemment que je recroiserait sa route quelques dix années plus tard. Je ne sais plus si c’est alors ou plus tard que j’ai pu voir les frères Lorquet sautant au tournoi de l’avenir (en scolaires) !

Pour conclure ce passage, je profite de l’occasion, même s’il est décédé depuis, pour remercier mon professeur qui durant ces 5 à 6 premières années m’a procuré une très bonne mise en selle, du cran à toute épreuve et finalement l’objectif de devenir cavalier et plus tard enseignant ; merci encore Monsieur de Loménie (Ecuyer).

L’époque suivante (1971/4) nous conduit vers mes études à l’Ecole de Gesves (Faulx les Tombes à l’époque) et vers une pratique régulière de la compétition (et l’entraînement) dans les trois disciplines Olympiques.

Le directeur fondateur était M.Paul Daout, monsieur Paul Mertens( toujours actuel président du cercle de Gesves) était discret mais déjà très actif. Les professeurs (et mes futurs collègues en tant que jeune professeur bien plus tard) étaient Hervé Daout et Alain Hubert ; un Ecuyer français, passionné de concours « complet » qui ne resta pas fut aussi un très bon enseignant.

Je n’insisterai pas sur les autres professeurs, dont certains très intéressants que j’ai déjà pu rencontrer également à cette période.

Mes parents avaient acheté trois chevaux : Corazu / étalon pur-sang, plus « dressage » (65.000frs), Schéridan / toutes disciplines (110.000frs) et Grand Espoir / plus « obstacle » (135.000frs). C’étaient des chevaux chers pour l’époque (1974) mais performants sur des hauteurs jusque 1,20m (et + peut-être avec des meilleurs cavaliers).

Nous allions en concours national (FRBSE) et au GHBRU (Groupement Hippique Belge de cavaliers Ruraux et Urbains). Les concours régionaux ont du exister ou commencer vers cette époque mais on en parlait peu. 

Nous parcourions les quatre extrémités de la Belgique (à 40 ou 50 km/h de moyenne maximum) pour aller en concours avec nos camionnettes transformées pour y mettre deux chevaux.

Lorsque nous devions transporter un grand nombre de chevaux cela se faisait par un transporteur professionnel avec un camion à bestiaux et les chevaux séparés par une corde. Les concours avaient lieu parfois dans des prairies (il y avait parfois encore les bouses de vaches), certains terrains clôturés par un ruban ; il y avait bien sur aussi quelques plus belles infrastructures avec d’assez grandes pistes en sable. Chaque chandelier d’obstacle (les « oreilles » sont apparues plus tard) pesait une trentaine de kilos (ou plus), les cuillères étaient profondes et larges, les barres lourdes et de diamètre irrégulier ; il y avait beaucoup plus d’obstacles naturels que maintenant (bidets ou fossés creusés dans le sol, butes, talus, pianos…).

 Les distances n’étaient pas mesurées au décamètre par le chef de piste, sauf parfois dans les combinaisons.

 En 1,10m dans les grands concours nous pouvions avoir 65 à 70 participants sur 1,10m mais cela passait à 30 ou 20 cavaliers sur 1,20 ou 1,30m et il n’y avait plus que quelques concurrents sur des hauteurs encore supérieures.

Roland Poelmans, un de mes collègues de classe, sautait en troisième série (1,30m) à l’époque.

En hiver, beaucoup de cavaliers venaient sauter à Faulx les Tombes car sa grande piste (24x65m) faisait alors exception.

En dressage, l’épreuve la plus grosse était souvent la D (niveau M actuel) ; à un niveau juste supérieur on ne comptait que quelques rares cavaliers.

Les chevaux, en général, étaient moins bons que maintenant : les modèles moins homogènes, souvent ils manquaient de sang, les aplombs étaient plus souvent défectueux et, à part quelques exceptions, ils sautaient moins haut en étant moins adroit et respectueux, les étalons étaient sélectionnés uniquement sur leur origine et leur modèle ainsi que durant quelques mètres sur les allures du pas et du trot (parfois sur des pavés).

 Les moins bonnes juments (souvent celles qui ne sautaient pas) étaient souvent mises à l’étalon. Il n’y avait pas d’examens vétérinaires (à l’approbation des étalons) et il fallait toujours attendre quelques (beaucoup) années pour savoir si la production était tarée ou si les produits de tel étalon avaient un coup de saut.

Les interventions chirurgicales, en cas de coliques, ne se pratiquaient pas encore, les épidémies de grippe équine et les gourmes étaient plus fréquentes qu’actuellement. En élevage, les origines « à la mode » étaient Ibrahim, Rantzau, Ultimate, Flügel, Lugano …bientôt Codex.

Le nombre de chevaux participant au Championnat de Belgique des jeunes chevaux augmentait tout doucement et je me souviens (entre autre) de M.Motmans, François et Eugène Mathy, Eric Wauters, Christian Huysegoms, Yves Smeesters , Joseph Baurès, Edgard Cupper…

Cette relation des faits est telle que je l’ai perçue personnellement, à l’age que j’avais (18-20 ans) et avec mes connaissances de l’époque ; il se peut donc que ma relation comprenne des inexactitudes ou des erreurs chronologiques.

Suite : (éventuellement au prochain n° hors série)

P.S : la suite devient, à mon avis, plus intéressante au fur et à mesure que l’on se rapproche de la situation actuelle de l’équitation et des manèges.

Etienne Patigny

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